Home Actualités L'intégration pour la paix et la sécurité: une question vive (Massaër Diallo, 16/11/2017)
L'intégration pour la paix et la sécurité: une question vive (Massaër Diallo, 16/11/2017)

Amani Africa 2

Photo: Les Forces Africaines en Attente lors de l'exercice "Amani Africa II" (Afrique du Sud, 2015). Crédits photographiques: Union Africaine / peaceau.org

La quatrième édition du Forum de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique semble avoir remis au goût du jour la question de l'impératif de l'intégration en matière sécuritaire pour relever le défi fort prégnant du terrorisme.

En matière de paix et sécurité, l'intégration est indubitablement une question vive. Pour la résoudre, il convient d'abord de savoir en quoi et en quels termes elle se pose.

Sur le plan stratégique comme sur le plan opérationnel il existe déjà tant  au niveau de l'Union Africaine que de ses communautés régionales des mécanismes et des expériences  de réponses aux menaces et défis sécuritaires.

Pour être efficaces face au terrorisme et aux autres menaces graves à la paix et la sécurité ces réponses doivent être plus concrètement intégrées et adaptées.

Cela nécessite un bilan des expériences et un réajustement adaptatif des mécanismes déjà élaborés en matière de prévention, de gestion et de résolution des crises multiformes y compris celles engendrées par le terrorisme.

Celui-ci nonobstant ses spécificités et son ampleur, ne constitue pas une nouvelle catégorie de défi sécuritaire irréductible à ceux qui étaient visés par les mécanismes déjà en place.

Ses nouveaux développements multiformes (avec des acteurs comme Boko Haram, le MUJAO, AQMI, Daech) se traduisent par des agressions, attentats meurtriers, conflits ( de type militaire asymétrique ou non , transnational et/ou transrégional) qui ne remettent pas en cause, de par leur nature, à priori la pertinence des cadres stratégiques érigés en instruments au niveau de la CEDEAO et de l'Union Africaine [1].

Les récents développements du terrorisme et en particulier à partir de la crise malienne en 2012 et de l'expansion transrégionale du Boko Haram ont constitué des mises à l'épreuve des mécanismes dédiés à la réponse politique et militaire aux crises.

Une question fondamentale qui s'impose alors est de savoir ce qu'il en est de nos stratégies ouest-africaines et africaines à la lumière des évènements qui ont marqué la poussée des forces terroristes (AQMI, Daech, MUJAO, Ansardine et Boko Haram entre autres) au Sahel , en Afrique de l'Ouest et du Centre.

Un bilan s'impose à l'échelle régionale et continentale concernant les Forces Africaines en Attente (FAA) et la Capacité Africaine de Réponse Immédiate aux Crises (CARIC) elle-même née en 2013 pour pallier transitoirement aux faiblesses africaines dans la réponse à la crise du Mali en 2012.

En décidant en 2016 de dissoudre la CARIC du fait de l'opérationnalité présumée des Forces Africaines en Attente, le sommet des chefs d'Etat de l'Union Africaine semble après-coup "être allé trop vite en besogne". En effet à défaut de cette opérationnalité toujours attendue des FAA la CARIC continue de fonctionner comme solution intérimaire.

Une opérationnalisation optimale des FAA [2] comme nouvelle capacité africaine de réponse aux crises et de riposte aux menaces hybrides (dont le terrorisme constitue actuellement la force motrice) doit s'appuyer sur de nouvelles mesures. D'une part la mobilisation effective et l’engagement intégré durable des Etats membres de l'Union Africaine sur le plan financier, diplomatique, militaire et politique. D'autre part l'abandon (par les nombreux gouvernants et Etats concernés) de la posture politique consistant à se défausser sur des puissances étrangères au double plan militaire et diplomatique.

Il devient urgent de faire face aux défaillances politiques de nombreux Etats africains quant au respect des exigences politiques et organisationnelles de l'intégration en matière  de paix et de sécurité.

Les interventions étrangères (et en l'occurrence celles de la France), tout en pouvant être immédiatement d'un certain secours, constituent un facteur accélérant la dissolution du peu de légitimité restant souvent aux gouvernants de certains pays. Elles contribuent  paradoxalement à la dynamique de fragilisation des Etats qui s enferment ainsi dans un cercle vicieux  de dépendance de l'extérieur pour délivrer au pays et à ses populations les services de défense et de sécurité pour lesquels, entre autres  ils sont censés exister.

Tout en palliant, dans l'urgence, aux faiblesses de certaines forces africaines de défense, ces interventions n'induisent-elles pas parfois une amplification des crises qu'elles sont censées aider à résoudre ? Le cas de la Libye est un exemple édifiant: Et ce n’est pas le seul.

Il conviendra de procéder réellement à un examen critique sans complaisance des enjeux, des effets, impacts et méfaits des interventions militaires étrangères en dehors des Nations Unies, dans la résolution de certains conflits et dans la lutte contre le terrorisme.

Quelles doivent être par ailleurs les réajustements doctrinaux, stratégiques et techniques indispensables à l'adaptation des missions de l'ONU pour un engagement efficient dans la protection de la sécurité humaine, la défense de la paix  et la lutte  universelle contre le terrorisme ?


Massaër DIALLO, 16 Novembre 2017


NOTES


1 Sur le mécanisme de la CEDEAO pour la prévention et la résolution intégrées des crises, voir le texte du "Protocole relatif au Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des Conflits, de Maintien de la Paix et de la Sécurité" (1999) :

http://www.ieps-cipsao.org/index.php?option=com_content&view=article&id=117:2017-12-17-20-46-34&catid=36:actualites&Itemid=48


2 Pour approfondir la réflexion sur ce sujet, voir les travaux du colonel Elton Paul NZAOU (chef  des  opérations de la FAA, puis conseiller militaire du Haut Représentant de l’Union Africaine pour l’opérationnalisation de la FAA), publiés par l’éditeur « L’Harmattan ». On peut citer La Force africaine en attente (FAA) : quelle opérationnalité ? (2016), et La capacité africaine de réponse immédiate aux crises (CARIC) : élément catalyseur de la montée en puissance de la FAA (2017).

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=51006&razSqlClone=1

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=54631&razSqlClone=1