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LES PARTIS POLITIQUES DANS LA CONSTRUCTION DE LA PAIX ET DE LA DÉMOCRATIE EN AFRIQUE DE L’OUEST

Massaër Diallo
Politologue

1. CONTEXTE RÉGIONAL ET DÉFIS

Les partis politiques sont des acteurs clef dans l’espace public. Leurs fonctions, activités et problèmes sont fortement déterminés par le contexte1. Celui-ci est certes national mais il dépend aussi profondément des dynamiques régionales sur les plans historique, politique, économique et socioculturel. D’ailleurs, bon nombre de partis politiques impliqués dans la période de transition de la colonisation aux indépendances puis au début de l’ère post-coloniale avait un ancrage, un caractère ou des connections régionales.

1 Le phénomène politique partisan semble historiquement exogène ; son avènement est lié en Afrique de l’Ouest au prolongement de la vie politique métropolitaine dans les colonies, mais aussi à l’émergence d’une élite endogène en position de lutte pour l’indépendance. 2 Le parti-Etat était caractérisé par une gestion exclusive du pouvoir politique mais aussi de l’administration de la république par un seul parti, se présentant comme le socle de légitimité et le « patron de garantie » de l’Etat. Ce parti unique au plan légal s’imposait comme cadre obligé pour tous ceux qui postulaient à des positions de responsabilité politique ou même technique. Ses stigmates sur l’appareil d’Etat de beaucoup de pays et la survivance de sa logique dans les comportements de bon nombre de partis au pouvoir dans l’ère actuelle constituent des facteurs importants de la crise de gouvernance contemporaine. 3 Il y a eu pendant l’époque coloniale, dans la plupart des pays de la région un multipartisme qui n’était que le prolongement de la vie politique métropolitaine ; ceci a déterminé l’émergence d’une classe politique interne restreinte reliée au métabolisme politique de la puissance dominant le pays. 4 Toutes les données démographiques sont tirées de l’analyse de Bossard L. et Heinrigs P.: Analyse régionale des indicateurs socio-économiques ouest-africains, WABI et Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest/OCDE. Paris, sept. 2004. 5 « S’il est vrai que le niveau de sécurité alimentaire par personne est à peu près le même aujourd’hui qu’il y a quarante ans », il convient de savoir que « pour maintenir ce niveau, les habitants de la région ont dû augmenter leur production de 300 % » notamment face au défi de la plus forte croissance démographique du monde. Plaquette de présentation du SCSAO. Janvier 2005.

Jusque dans les années 90, la région est restée dominée par le monopartisme et le système dit des « partis-Etats »2. Le processus d’émergence d’un modèle de démocratie libérale post-coloniale3 a connu une phase d’accélération au tournant des années 90 avec l’épisode des conférences nationales qui ont ouvert une période d’éclosion du pluralisme démocratique dans une région connaissant par ailleurs une forte explosion démographique avec un rajeunissement significatif.

Actuellement de 295 millions d’habitants, la population de la région atteindra 430 millions d’ici à 20204. Les moins de 15 ans y atteignent la proportion de 45 %.

Marquée par un taux de pauvreté élevé qui affecte prés de 50 % de la population, la région est pourtant porteuse de grandes potentialités humaines, culturelles et naturelles. Mais c’est dans le silence, à l’écart d’une politique consciente et concertée, que ses peuples ont démontré une grande capacité à faire face à un immense défi alimentaire5 et démographique. Que peut et que doit donc faire la politique pour amplifier ces dynamiques sociales et économiques, pour valoriser cette énergie et ces potentiels et relever les défis ? Comment dans cette perspective les partis politiques doivent-ils agir pour mieux mériter de parler au nom de ces peuples en demande de paix, de liberté, de démocratie et de progrès économique et social ? La politique en Afrique de l’Ouest n’est pas seulement soumise à des contraintes sociales économiques et démographiques. Elle butte aussi sur des obstacles qui en font de la démocratisation un processus discontinu et inachevé. En témoignent :

  • La résurgence des coups d’Etat dans certains pays ;

 

  • La récurrence de crises de dévolution du pouvoir qui dénotent les difficultés de l’alternance démocratique à fonctionner et à crédibiliser les démocraties postulées par les constitutions ;

 

  • Les atteintes aux droits et libertés des citoyens dans les situations de crises et même en dehors d’elles (arrestation, emprisonnement, voire assassinats de journalistes ou d’opposants…) ;

 

  • Un déficit fréquent de projet de société et de programme précis pouvant favoriser la saine compétition et l’émulation dans le jeu politique ;

 

  • Un fort déficit de citoyenneté et de culture démocratique qui favorise l’intolérance et la défiance ;

 

  • Une absence fréquente d’autonomie financière qui hypothèque la liberté et/ou la solidité des partis et favorise la clientélisation des militants ;

 

  • Une fragilisation ou remise en cause de la paix civile par des conflits violents, des soulèvements ou des rivalités politiques ayant atteint le seuil de l’antagonisme.

 

Les données sociopolitiques et démographiques indiquent une double transition déjà bien amorcée6 qui décuple les défis posés à la région et à ses acteurs. Ceux-ci, dans la diversité de leurs rôles, sont interpellés par la nécessité d’agir pour :

6 Il s’agit, comme le précise Laurent Bossard dans une note du SCSAO, d’une « transition démocratique et d’une transition démographique » : la particularité paradoxale en est une faiblesse relative du corps électoral qui tourne autour de 50 % de la population (ceux qui ont 18 ans et plus) alors qu’en Inde -où la population de moins de 18 ans est de 25 %-, le corps électoral est constitué de 75 % de la population. 7 Cette question se pose dans et à tous les pays, et se traduit par de fortes tensions dans les réceptacles de la migration régionale comme la Côte d’Ivoire. La solution ne peut être que régionale et implique une forte prise de conscience régionale des acteurs, d’une part et la consolidation politique volontariste de la dynamique d’intégration, d’autre part.

1) Construire la démocratie avec un peuple très jeune. Près de la moitié de la population régionale, donc une part substantielle du poids démographique, n’a pas d’impact électoral direct (faute d’avoir l’âge de voter) tout en étant porteuse d’une forte demande sociale (en santé, alimentation, éducation et formation entre autres). A défaut d’être correctement prise en charge par une politique pertinente et d’évoluer dans un cadre socioculturel stable, cette tranche d’âge alimente facilement le fléau grandissant des enfants exposés à l’enrôlement dans les conflits armés, à la mendicité dans des villes en forte expansion et aux trafics internationaux de toute sorte qui exploitent la déstabilisation des sociétés en crise. La structure démographique de la région révèle aussi l’urgence d’une relève car la tranche ayant plus de 59 ans représente à peine 3% de la population tout en continuant à déterminer largement la politique par la domination de ses leviers au niveau des Etats et des partis politiques.

 

2) Piloter de manière efficiente le développement en donnant des réponses opérationnelles à la grande question de savoir où et comment vont vivre les 430 millions d’habitants d’Afrique de l’Ouest7 dans les quinze années à venir, c'est-à-dire juste le temps de deux septennats présidentiels ou trois législatures quinquennales.

 

3) Prévenir et résoudre pacifiquement les conflits qui déstabilisent la région, affectent au moins la moitié des pays, et déchirent les sociétés en neutralisant en elles l’énergie indispensable au développement et à la victoire sur la pauvreté.

 

4) Faire face à la très grande fragilité des Etats, à l’affaiblissement tendanciel du leadership de la classe politique dans beaucoup de pays avec un développement concomitant de rebellions armées et de dissidences multiformes porteuses de dislocations nationales ou territoriales.

 

 

5) Prendre en main et remédier à la crise chronique de gouvernance qui aggrave le sous-développement et la perte de légitimité des Etats-nations soumis à de rudes épreuves de mise en question.

 

6) Consolider la démocratie pluraliste tout en conjurant l’extrême fragmentation politique qui affecte l’espace public.8

 

8 Un pays comme le Bénin compte actuellement plus de 150 partis politiques, dont semble-t-il, seuls 27 seraient en conformité avec la Charte officiellement élaborée ; Ses critères et principes permettent de faire la différence entre une existence de droit et la réalité politique effective de tout parti. 9 Quand il s’agit de respecter l’alternance démocratique, certains partis et leaders ayant ou non accédé au pouvoir de manière démocratique, tergiversent. L’alternance démocratique est éventuellement dénaturée par une dévolution familiale ou clanique du pouvoir politique républicain. Les leaders politiques d’aujourd’hui prennent plus facilement de libertés avec les règles démocratiques organisant la succession politique que leurs homologues de l’Afrique traditionnelle qui violaient plus difficilement les principes et mécanismes sacrés de dévolution ou d’accès au pouvoir. 10 Surtout que le contrôle direct du pouvoir politique central (ou à défaut la construction d’un espace restreint de « souveraineté » illégale, par la force sur des territoires disposant de ressources convoitées) est l’un des principaux moyens d’accès aux ressources naturelles qui constitue un des enjeux importants des conflits. Tous les conflits de la région rendent compte de ce fait.

7) Prendre conscience et résoudre les graves crises de dévolution du pouvoir et de relève politique qui affectent un nombre grandissant de pays9. S’appuyer aussi sur les traditions africaines millénaires pour matérialiser la gouvernance démocratique dans le respect des constitutions et de l’Etat de droit.

 

La prise en main de ces défis suppose une implication et une prise en charge des processus et changements qu’ils comportent. Comment les partis politiques peuvent-ils effectivement être des promoteurs de changement (« drivers of change ») pour l’Afrique de l’Ouest dans la diversité de ses pays ?

o La paix durable constitue l’une des conditions primordiales de la démocratie et du développement. Quelles peuvent être dans cette perspective la responsabilité et le rôle des partis politiques ?

 

2. RÔLE ET RESPONSABILITÉS DES PARTIS POLITIQUES DANS LA PAIX CIVILE

Multiformes dans leurs appellations, leur organisation et leur statut, les partis politiques sont en principe des organisations d’encadrement et de mobilisation pour la conquête et l’exercice du pouvoir politique. Cette finalité les spécifie par rapport aux autres types d’acteurs évoluant dans l’espace public. Mais cette fonction détermine aussi le champ de responsabilité des partis politiques. Ils sont ainsi, dans une certaine mesure comptables directement ou indirectement des questions de gouvernance mais aussi des problèmes liés à la paix civile.

En effet, dans l’étiologie des conflits en Afrique, la question du pouvoir politique figure parmi les principales causes de conflits10. La conquête du pouvoir politique (sur des puissances coloniales ou des forces rivales) a revêtu des formes variées liées aux contextes et/ou à la nature des partis politiques : armée ou pacifique, clandestine ou ouverte, faite seule ou en alliance avec d’autres forces sociales et politiques. Les partis sont par essence destinés à conquérir et gérer le pouvoir ; dans certains cas, ils l’ont fait par des moyens militaires ou tout au moins, violents. Ce phénomène perceptible dans le cas des mouvements de libération anticoloniale a perduré sous des formes et pour des raisons différentes. En témoigne la militarisation de la politique dans les conflits qui affecte actuellement certaines parties de l’Afrique de l’Ouest. Ce phénomène est un défi majeur à relever.

  • Quelle est la responsabilité des partis politiques dans la paix civile à l’échelle locale, nationale et régionale ?

 

 

  • Comment restaurer le caractère essentiellement pacifique de la politique en démocratie et faire de ses normes des valeurs effectivement partagées par tous les partis, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition ?

 

  • Comment les acteurs politiques peuvent-ils ensemble juguler la violence et promouvoir la démocratie comme cadre de régulation et d’expression pacifique des contradictions et des différences ?

 

  • Quel est dans cette perspective le rôle des partis politiques dans le contexte de l’Afrique de l’Ouest ?

 

3. RÔLE DES PARTIS POLITIQUES DANS LA DÉMOCRATIE ET LA BONNE GOUVERNANCE

En dehors même de la question des projets de société pour lesquels les partis luttent politiquement et s’opposent les uns aux autres et/ou s’allient, il reste celle névralgique des changements structurels et consensuels par lesquels la démocratie et la bonne gouvernance peuvent être durablement ancrées dans l’espace public national, local et régional. Ce changement auquel non seulement les partis doivent prendre part mais encore peuvent jouer un rôle décisif, concerne notamment la nécessité pour tous de :

  • Réduire maintenant puis éradiquer durablement la pauvreté qui affecte un Africain sur deux ;

 

  • Sortir la région de la tourmente des conflits meurtriers et récidivants ; mais aussi résorber selon des modalités démocratiques et consensuelles, les contentieux récurrents au niveau électoral et post-électoral ;

 

  • Améliorer la gouvernance démocratique et l’Etat de droit de manière significative en appui au développement de la région et des divers pays qui la composent.

 

Sur le plan de la gouvernance politique et de la démocratie électorale

L’Afrique de l’Ouest n’échappe pas à la crise de gouvernance qui affecte l’ensemble du continent. Il est certes aujourd’hui établi que le continent est dans une dynamique d’amélioration progressive de la gouvernance11. Dans beaucoup de pays de la région, l’Etat a connu une démocratisation qui a accru la liberté politique et stimulé le foisonnement des partis ; mais il avait préalablement subi un processus d’affaiblissement voire d’affaissement, avec une perte de légitimité, d’efficience et d’autorité dans des situations de conflits et/ou de crise chronique de l’Etat-nation.

11 Le dernier rapport 2005 de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (UNECA) en rend compte.

Quelle peut être la contribution des partis politiques à une refondation de l’Etat qui lui permette de parachever sa mutation démocratique et de surmonter la crise de « mal gouvernance » qui se manifeste ici ou là ?

 

Pour ancrer l’Etat démocratique africain dans la société, il y a lieu de répondre politiquement à un certain nombre de questions pouvant servir de guide pour une gouvernance juste et idoine :

  • Quel doit être l’attitude des partis concernant les questions ethniques ?

 

  • Comment faire pour conjurer toute manipulation de l’ethnicité et son impact sur la paix civile et l’unité des peuples de la région ?

 

 

  • Comment pratiquer une politique d’inclusion, de non discrimination et assumer un devoir de respect de la diversité culturelle sans préjudice pour les dynamiques positives de brassage porteuses d’une nouvelle citoyenneté ?

 

  • Comment assumer une prise en compte de la diversité culturelle et confessionnelle, impliquer les communautés dans la démocratie tout en conjurant et prévenant les dérives identitaires ?

 

En dépit des péripéties conjoncturelles, la région a déjà fait des progrès importants, à l’instar de tout le continent dans le processus de fiabilisation des scrutins et l’avènement progressif d’élections justes et transparentes. Pour autant, tous les pays n’en sont pas encore au même niveau. Néanmoins, la démocratisation a connu des avancées sur le plan électoral par la conjonction de trois niveaux et types d’action :

1) La communauté internationale (à travers des organismes neutres et la coopération multilatérale) qui a non seulement contribué au renforcement des capacités des acteurs mais aussi au développement de diverses catégories d’observateurs indépendants et extérieurs aux compétitions électorales.

 

2) Des institutions régionales telles que la CEDEAO manifestent une présence de la région qui conjugue celle des Etats et de la société civile, sur le terrain de la démocratie électorale et de la bonne gouvernance. L’amélioration, la ratification et la mise en oeuvre du Protocole additionnel sur la Démocratie et la Bonne gouvernance de la CEDEAO constituera une étape très importante de la régionalisation réelle de la démocratie et la gouvernance politique. Cet enjeu fondamental pour le développement dans la région rend nécessaire l’implication des partis politiques, comme des autres acteurs pour une meilleure connaissance, une amélioration éventuelle et une appropriation de cet instrument.

 

3) Des commissions électorales nationales « autonomes » ou « indépendantes » selon les pays, fruit de luttes et de consensus, destinées à garantir ou aider à la transparence et la régularité des compétions électorales.

 

La dynamisation des compétitions électorales et leur crédibilisation sont liées à l’effectivité du multipartisme. Toutefois deux phénomènes saillants de très grande importance caractérisent ce pluralisme politique dans la région et rendent compte de problèmes :

  • Malgré le grand nombre de partis participant aux élections présidentielles législatives et locales, il y a au grand maximum trois partis politiques qui se partagent, dans la plupart des cas, plus de 95 % des voix.

 

  • Le multipartisme s’est traduit par une extraordinaire prolifération des partis légalement constitués qui varient de 50 à 150 dans des pays n’atteignant pas les 12 millions d’habitants. Dans beaucoup de cas, l’existence de droit (par le fait que tel parti est reconnu) ne s’accompagne pas d’une réalité dans la vie publique (par une éducation des citoyens et au moins une participation aux élections et aux débats sur les grands enjeux).

 

  • Y a-t-il une solution démocratique à la prolifération de partis qui tend vers une fragmentation de l’espace public ?

 

  • Sans tomber dans une logique de limitation a priori du nombre de partis politiques, quels sont les dispositifs et/ou dispositions démocratiques permettant, à l’instar de la « Charte des partis politiques » du Bénin, de moraliser le multipartisme et d’éviter les risques d’atteinte à sa crédibilité et sa fonctionnalité ?

 

Démocratie citoyenne et relève politique La population d’Afrique de l’Ouest est, et demeurera dans les deux décennies à venir l’une des plus jeunes du monde.

  • Dans ces conditions, comment dans seulement deux septennats présidentiels ou trois législatures quinquennales, les hommes politiques vont-ils faire face à cet énorme défi démographique et démocratique ?

 

  • Cela se manifeste déjà avec une demande sociale et citoyenne portée par-delà même le corps électoral, par une jeunesse émergente, très informée dans le contexte de la mondialisation, et qui innerve largement la société. Comment, dans une perspective de relève et de renouvellement, les partis peuvent-ils impliquer plus profondément les jeunes dans la construction de la paix, la démocratie et l’intégration ?

 

L’alternance générationnelle qui a existé dans certains systèmes politiques africains endogènes,12 n’étant pas envisagée dans le monde partisan, l’absence d’une dynamique bien organisée de relève, contribue à l’émergence d’une tendance des jeunes à la désaffection politique. La mobilisation par la société civile et l’enrôlement dans les conflits armés sont deux facteurs alternatifs à l’attraction des jeunes par les partis politiques.

12 Dans son ouvrage Facing Mount Kenya ,Jomo Kenyatta mettait en exergue l’existence de ce type d’alternance chez les Kikuyus pour rendre compte de l’existence de traditions endogènes de rotation dans la gestion du pouvoir politique en Afrique. Formatted: Font: Bold

  • Comment associer plus profondément et avec plus d’efficacité les jeunes à la prise en main du destin de la région ? Comment les partis peuvent-ils relever durablement le défi de l’éducation citoyenne ?

 

  • Comment les partis, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, peuvent-ils demeurer des cadres vivants d’éducation, de mobilisation, de prise en charge citoyenne des problèmes politiques, c'est-à-dire des problèmes de tout un chacun ?

 

4. LES PARTIS POLITIQUES, L’INTÉGRATION RÉGIONALE ET LA CEDEAO

Prendre conscience de la région et contribuer à sa construction politique La dynamique politique régionale existe : elle se manifeste par le prolongement et/ou l’enracinement ou le débordement de tout conflit d’allure nationale dans d’autres pays limitrophes ou proches. Les interactions sont notoirement connues entre les dynamiques migratoires régionales, leur impact foncier et économique et les comportements politiques qui enclenchent ou aggravent des conflits dans divers pays de la région. La crise ivoirienne comme les conflits sierra-léonais et libérien ou la crise bissau guinéenne, le conflit touareg ou casamançais, les tensions en Guinée forestière sont autant d’exemples dont chacun illustre la sous-régionalité originelle ou finale des crises. Il y a intérêt et urgence pour les acteurs politiques de prendre conscience de l’Afrique de l’Ouest comme une région et d’en tenir compte dans leurs actions et leurs projets. Dans le passé, certains pays ont vu l’émergence de partis régionaux ou multinationaux comme le Rassemblement démocratique africain (RDA), le Parti du Rassemblement africain (PRA) ou le Parti africain de l’indépendance (PAI). La lutte politique et syndicale dans la jeunesse et chez les travailleurs des chemins de fer, avait un caractère régional fortement marqué.

La prédominance des projets d’Etat-Nations à partir des années 60 dans beaucoup de pays a contribué à des recompositions nationales de la vie politique. L’avènement de la CEDEAO contribuera à la relance d’une dynamique régionale. Constituée sur une base économique en 1975, elle intégrera de fait puis de manière consciente, une dimension politique. Elle deviendra aussi alors un espace de gestion commune de la paix, la sécurité et la démocratie dans la région. L’avènement de l’Ecomog puis la mise en place en 1999 du Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des conflits, de Maintien de la Paix, et la signature en 2001 du Protocole additionnel sur la Démocratie et la Bonne gouvernance sont un ensemble d’indicateurs d’un tournant caractérisé par une tendance forte et une dynamique de construction politique de l’Afrique de l’Ouest en tant que région. De leur côté, les populations sont reliées de manière transfrontalière et obéissent sous certains rapports à des dynamiques supranationales déterminées par l’histoire, la géographie et la géopolitique.

  • Quels doivent être le rôle et l’implication des partis politiques dans cette dynamique ? Comment peuvent-ils renforcer les dynamiques d’intégration au niveau politique dans l’optique de la construction d’un vaste espace de paix, de démocratie et de développement durable ? Comment les partis politiques peuvent-il jouer un rôle catalyseur dans l’intégration et la matérialisation de la libre circulation des personnes et des biens, l’épanouissement économique et socioculturel des populations ?

 

  • Comment l’action politique doit-elle prendre en charge de manière efficace un processus d’intégration régionale contribuant à la réalisation d’une Afrique unie, et forte dans une mondialisation où ses apports et ses intérêts seront mieux pris en compte ?

 

  • Quel doit être le rôle des partis politiques dans le renforcement de la politique communautaire des divers Etats membres de la CEDEAO ?

 

Ce Forum cherche à y répondre en mettant ensemble des partis et les segments dynamiques de la société civile et des medias d’Afrique de l’Ouest.

5. PERSPECTIVES DE SYNERGIES ET D’ACTIONS DES PARTIS POLITIQUES AVEC LA SOCIÉTÉ CIVILE ET LES MÉDIAS

Les partis politiques ont un rôle fondamental à jouer dans la construction de la démocratie à l’échelle nationale, locale et régionale, et dans la complémentarité et l’interactivité de ces différents niveaux. Ils ont une responsabilité importante dans la restauration et/ou la consolidation de la paix civile et la stabilité politique. N’étant pas les seuls acteurs concernés, il est nécessaire que se développent des synergies dans l’action, avec la société civile, les médias, l’Etat et la CEDEAO pour :

1) Faire ratifier par les Parlements de leurs divers pays13 et mettre en oeuvre le Protocole additionnel sur la Démocratie et la Bonne gouvernance en Afrique de l’Ouest ;

 

13 A l’heure actuelle, huit pays ont ratifié ce protocole : Bénin, Burkina Faso, Ghana, Guinée, Mali, Niger, Sénégal et Sierra Leone. Il suffit qu’il soit ratifié par neuf Etats membres signataires pour être applicable à tous.

2) Prévenir les crises de dévolution du pouvoir (dont leurs dirigeants sont les protagonistes) en respectant le principe de l’alternance démocratique ;

 

3) Contribuer au développement et à la consolidation durable d’une gestion républicaine de l’Etat excluant toute forme de discrimination politique ou identitaire dans l’administration ;

4) Rechercher le consensus sur les règles et mécanismes de gestion du jeu politique et de mise en oeuvre des compétitions électorales dans des conditions pacifiques, régulières, transparentes et équitables ;

 

5) Contribuer avec la société civile et les médias au développement d’une démocratie citoyenne et participative en Afrique de l’Ouest ;

 

6) Décourager et conjurer toute manipulation politique et/ou médiatique de l’ethnicité et de la religion ;

 

7) S’impliquer pour le développement effectif d’un leadership des jeunes et des femmes dans l’action politique au niveau des partis de l’Etat et de la société ;

 

8) Relever ensemble le défi d’une solution durable des conflits par une promotion du dialogue politique et de la médiation ;

 

9) Dynamiser, valoriser et matérialiser les traditions, cultures et politiques de prévention des conflits aux niveaux local, national et régional ;

10) Accorder une grande priorité à l’éducation conjointe de la jeunesse à la démocratie, la citoyenneté et la paix ;

 

11) Contribuer au renouvellement et à l’amélioration de la gouvernance politique, à la lutte contre la corruption comme une des composantes fondamentales du processus de construction d’un Etat démocratique et républicain au service des populations et du développement régional.