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«Défis sécuritaires et hybridation des menaces dans la zone sahélo-saharienne»

 

Communication de M. Massaër DIALLO, Politologue, Institut d’Etudes politiques et stratégiques (IEPS), Dakar West African Network for Security and Democratic Governance (WANSED)

Séminaire sur la Sécurité au Sahel, «Pour un partenariat sécurité et développement au Sahel», organisé par l’OGSS et l’Union européenne, 25 & 26 novembre 2010, Bruxelles

L’espace sahélo-saharien traverse et englobe totalement ou partiellement plusieurs pays membres de la CEDEAO. Le Sahel-Sahara s’étend sur 2400 km des rives de l’Atlantique à la Mer Rouge. Pour certains chercheurs, il ne concerne principalement que 5 pays de l’Afrique subsaharienne : la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Soudan1. Nous pouvons considérer toutefois que l’ensemble des Etats membres du Comité inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS) partagent des problèmes liés directement à l’écosystème et à la géopolitique du Sahel. L’espace CEDEAO est imbriqué à l’espace sahélien même si ce n’est que de manière partielle pour certains des pays membres de cette communauté économique. Ces deux espaces écologiques et géopolitiques en partie superposés partagent les mêmes défis en matière de sécurité et de développement. La sécurité est un double enjeu de gouvernance et de développement. Dans ce contexte, elle se pose avec acuité du fait que la plupart des pays sont affectés par des vulnérabilités structurelles et une fragilité de l’Etat, tout en étant de plus en plus exposés à des menaces qui prennent des formes et une tournure nouvelles.

La conflictualité constitue aussi un facteur important dans l’éclairage des dynamiques profondes sous-tendant les défis sécuritaires. Elle s’inscrit dans une historicité renvoyant aux époques pré-coloniales et coloniales, et dont la saisie est indispensable à une intelligence des processus et des situations d’instabilité et d’insécurité en cours. L’histoire doit être convoquée pour cerner les dynamiques actuelles et cerner ce qu’elles portent de rupture et de relative continuité avec le passé d’une région qui a connu des Etats théocratiques, des djihads (d’un autre type et d’un islam non salafiste) et des constructions politiques qui, ici comme ailleurs, ont revêtu parfois des formes violentes. En effet, l’histoire de la région a été marquée par des violences armées de conquêtes, de domination et de résistance. Des guerres d’expansion politique ou religieuse (à l’instar du djihad d’El Haj Oumar et d’Osman Dan Fodio) et des résistances ont accompagné les grands empires et royaumes (Ghana, Mandingue, Bambara, Peulh) dès l’époque pré-coloniale. Des violences de razzias ont marqué la longue période de développement de l’esclavage. Il y a eu aussi la conquête coloniale, les rébellions et les mouvements armés de libération nationale. Ces épisodes successifs de l’histoire politique ont déterminé des cultures et comportements de domination ou de résistance ; elles ont façonné des rapports au pouvoir, ou à l’armée et/ou aux armes.

La conflictualité post-coloniale est principalement intra-étatique tout en ayant souvent une envergure ou une diffusion sous-régionale.

1 Voir Gérard François Dumont : «La géopolitique des populations du Sahel», in Cahier du Cerem n°13, décembre 2009, p. 33

Sous ce rapport, l’espace sahélo-saharien est marqué par l’impact de plusieurs conflits violents qui l’ont affecté et y ont déterminé, entre diverses catégories d’acteurs notamment, des liens d’alliance ou d’antagonisme au cours des deux dernières décennies. Il s’agit notamment du conflit sahraoui, de la crise algérienne avec le soulèvement armée des islamistes, des rébellions au Soudan et de la crise du Darfour, des soulèvements armés périodiques au Tchad et enfin du conflit touareg au Mali et au Niger. La transformation de ces crises et conflits s’est traduite par des séquences de paix, un recyclage de certains acteurs sur d’autres théâtres et/ou dans d’autres formes de violences politiques ou criminelles, une résurgence de rébellions et une réadaptation du terrorisme. Ce dernier s’est déplacé vers la périphérie de ses foyers initiaux et pénètre le champ géopolitique voire sociopolitique de l’ Afrique subsaharienne. Qui plus est, de nouvelles alliances entre criminalité organisée, rebellions politiques et fondamentalisme terroriste se confirment mettant ainsi en évidence de nouveaux défis sécuritaires.

Le Nord Mali Niger semble devenir actuellement l’épicentre d’un système de conflit en constitution dans le Sahel Sahara à l’intersection de la crise touareg, du développement relatif du terrorisme et de la criminalité organisée ainsi que des problèmes liés à la migration clandestine.

Aux problèmes de sécurité alimentaire, suscités ou aggravés par la fragilité de la zone écologique sahélienne s’ajoutent avec une acuité nouvelle des défis à la sécurité humaine et collective, locale, nationale et régionale. Pour y faire face trois idées clés sont à prendre en compte dans l’élaboration stratégique et la mobilisation opérationnelle des acteurs.

• LA SECURITE EST UN DOUBLE ENJEU DE GOUVERNANCE ET DE DEVELOPPEMENT2

Les relations entre sécurité, gouvernance et développement3 sont non seulement universellement reconnues mais jugées très importantes et singulièrement dans leur interaction, leur contradiction et leur nécessaire solidarité stratégique. Les situations de conflit de plus de 7 ans entraînent une baisse de 15 % du revenu par tête et peuvent faire chuter de 2 points le taux de croissance de l’économie nationale. L’absence de sécurité hypothèque le développement et réciproquement la fragilité économique favorise les conflits et l’insécurité.

Par ailleurs, l’exigence de sécurité en Afrique comme ailleurs ne renvoie plus simplement à celle de l’Etat et à la protection de la souveraineté. Depuis le «11 septembre 2001», la responsabilité de protéger a pris une nouvelle acuité. L’exigence de sécurité humaine mise en exergue à partir de 1994 apparaît au coeur de la sécurité. La sécurité de l’Etat, de son territoire et de ses institutions va manifestement de pair avec la protection des personnes et des populations. Celles-ci ont besoin d’être mises à l’abri de la peur et de la maladie, des autres menaces physiques, morales et/ou politiques. La problématique de sécurité humaine a contribué dans ce cadre à renouveler les conceptions, approches et stratégies relatives à la sécurité.

 

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2 Voir Massaër DIALLO, La sécurité, enjeu de gouvernance et de développement en Afrique de l’Ouest, Paris, CSAO/OCDE, 2007

3 Selon Collier et al. , il y aurait une probabilité d’au moins 15% qu’un pays ayant un PIB annuel par habitant de 250 dollars connaisse une guerre civile dans les cinq prochaines année, alors que cette probabilité ne serait plus que de 1% pour un PIB de 5000 dollars par habitant et par an. Voir « Breaking the conflict Trap : Civil War and Development Policy», The World Bank, 2003

Au total, on peut capitaliser deux éléments importants pour un nouveau paradigme de la sécurité: d’une part, la nécessité de promouvoir la sécurité humaine au coeur de toute politique de sécurité; d’autre part, l’exigence d’une approche inclusive dans la gestion de la sécurité dans le cadre notamment d’une gouvernance démocratique du secteur de sécurité4.

• LA PAIX ET LA SECURITE CONSTITUENT UN BIEN PUBLIC REGIONAL

Si les souverainetés nationales doivent être respectées et prises en compte, elles ne doivent pas pour autant être opposables à une approche régionale destinée à concevoir et opérationnaliser une stratégie ouest-africaine et africaine de protection de la paix et de promotion d’une sécurité collective. Les menaces à la sécurité humaine et nationale s’avèrent de plus en plus avoir une nature et/ou une dimension supranationale, régionale ou internationale. Dans cette perspective, les Etats d’Afrique de l’Ouest disposent d’instruments adoptés au niveau de la CEDEAO (Protocole de 1999 et 2001 sur la Prévention et la Résolution des conflits, et sur la Bonne gouvernance et la Démocratie) et de l’Union Africaine (Architecture africaine de sécurité) soutenus dans leur opérationnalisation par l’Union européenne.

• LE DECLOISONNEMENT ET LA TENDANCE A L’HYBRIDATION DES MENACES DANS L’ESPACE SAHELO-SAHARIEN

Quels sont donc ces différents types de défis qui touchent de manière connexe la sécurité et le développement ? Quelles sont les réponses à mettre en oeuvre pour des solutions durables impliquant les acteurs dans leur diversité, y compris les populations ?

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4 Le WANSED (West African Network for Security and Democratic Governance), dont nous assurons la co-coordination est dédié à la promotion de cette GDSS dans le cadre d’une coopération entre civils et militaires, acteurs étatiques et non étatiques.

I - DEFIS DE SECURITE ET DE DEVELOPPEMENT DANS L’ESPACE SAHELO-SAHARIEN 5

Trois types de défis affectent l’espace sahélo-saharien et rendent compte des liens

étroits entre sécurité, gouvernance et développement.

1.1 Une prédominance de la fragilité étatique

La fragilité des Etats renvoie à des problèmes de capacité et/ou de stabilité institutionnelle et sociopolitique. Elle est nourrie dans certains contextes par une crise de la gouvernance liée elle-même à une corrosion de la légitimité; elle s’enracine dans les difficultés de la construction nationale dans laquelle l’appareil étatique a été souvent privilégié au détriment de l’édification nationale. L’émergence de rébellions identitaires et centrifuges en constitue un marqueur.

En Afrique de l’Ouest, 10 Etats sur 16 dont 9 des 15 pays de l’espace CEDEAO sont affectés de fragilité étatique ; l’ensemble des Etats de sa frontière Nord sont concernés à des titres divers. La fragilité reflète et détermine à la fois les capacité de l’Etat à assurer la sécurité humaine, nationale et territoriale. Les immenses étendues (Niger 1 267 000 km2, Mali 1 240 000 km2 et Nigeria 923 768 km2) mettent la souveraineté de l’Etat à l’épreuve. Les traditions de nomadisme ainsi que les fortes dynamiques socioculturelles transfrontalières des populations de la zone sahélo-saharienne rendent encore plus complexe la gouvernance de la sécurité.

1.2 Des vulnérabilités structurelles qui hypothèquent le développement et facilitent ou déterminent l’insécurité En dépit d’une nette tendance prédominante des dynamiques de sortie de crise dans de nombreux foyers de conflits ou de tension au niveau de la région, comme au Togo, en Côte d’Ivoire, au Niger et en Guinée ; nonobstant la consolidation postconflit au Liberia et en Sierra Leone, l’Afrique de l’Ouest est marquée par une persistance de nombreux facteurs de vulnérabilités structurelles aux niveaux étatique, social, économique et sociopolitique. Ces fragilités, face à la montée de nombreuses menaces ont pour résultante d’élever les risques sécuritaires auxquels la région se trouve exposée. Le foyer sahélo-saharien occupe une place importante dans le réamorçage des tensions et la montée des risques.

Au plan climatique: insécurité humaine, déstabilisation des populations urbaines et rurales, et insécurité alimentaire ; tous ces facteurs accroissent la fragilité sociale et individuelle et constituent des défis sérieux de sécurité nationale et régional.

Fortes contraintes et pressions géopolitiques et géostratégiques des acteurs internationaux ou régionaux voisins

Les zones grises et l’implantation de forces exogènes augmentent les risques d’interventions extérieures en vertu d’un droit de poursuite de pays limitrophes ou non et d’une stratégie préventive des grandes puissances et acteurs stratégiques internationaux (UE, Etats-Unis, France, Chine).

5 Notre réflexion est centrée sur les pays de l’espace CEDEAO

 

Jeunesse et pauvreté aux niveaux des populations

Plus de 45 % de la population a moins de 15 ans et plus de 60% moins de 20 ans. Le taux de croissance démographique reste élevé (2,5%) et même préoccupant dans le cas du Niger (2,9%) du fait entre autres que le pays soit particulièrement exposé à une crise alimentaire persistante. Le taux de pauvreté atteint souvent au moins 50% de la population. Il s’aggrave en milieu rural. Le taux de croissance du PIB au niveau régional, en Afrique de l’Ouest, ne dépasse pas au mieux 5,5% ; il reste en-dessous des minima de 7% nécessaires pour réaliser les OMD.Cela conduit de nombreux jeunes sans emploi et sans réel statut dans la société à rejoindre les réseaux fondamentalistes, les rebellions armées et les narcotrafiquants. Les faibles performances économiques et, dans certains cas, le développement de ressources illicites constituent parfois des alternatives et/ou des palliatifs. La production de cannabis qui se développe en Afrique de l’Ouest peut concurrencer les autres ressources de rente comme le cacao.

1.3 Une conjonction et une hybridation des menaces

1.3.1 Typologie

a) Les menaces à la sécurité humaine et au développement

Le trafic de drogue (plus de 40 000t de cocaïne par an)

 

 Les trafics humains et la migration clandestine

 

 Les trafics illicites de marchandises finançant des entreprises de violence

 

 Les trafics d’armes et de ressources naturelles (or, diamant, pétrole)

 

 L’importation criminelle de déchets toxiques

 

 La corruption et le blanchiment d’argent

b) Le militarisme et la criminalisation des acteurs politiques (étatiques et non étatiques)

La résurgence des coups d’Etat

 

 La criminalisation des acteurs politiques par des connivences avec les milieux du narcotrafic et du blanchiment d’argent

Dans certaines conditions, l’implication des acteurs politiques et sécuritaires débouche sur une transformation relative de secteurs de l’Etat (Guinée Bissau) en plateforme régionale d’appui aux acteurs d’insécurité6. Ce qui se passe en Guinée Bissau est un symptôme sur les risques élevés de criminalisation de sphères publiques, visible dans ce pays mais déjà en oeuvre dans d’autres pays de la région. Le risque d’une criminalisation manifeste et accrue de pans entiers des institutions étatiques est un défi majeur. Des secteurs du système de sécurité sont affectés par la corruption et l’implication dans le narcotrafic : en Guinée et en Guinée Bissau, entre autres pays. Les complicités dans ce secteur aggravent en retour la fragilité de l’Etat déjà avérée dans deux de ces pays; elles hypothèquent ses fonctions de protection de l’économie, de la société et du citoyen.

c) La résurgence des rébellions et l’émergence de tendances terroristes

Résurgence du conflit touareg en partie liée probablement aux nouveaux débouchés de l’économie illicite et parallèle créée et entretenue par les systèmes de conflits naissant ou en consolidation.

Emergence de pratiques et de connexions rébellion/terroristes au Nigeria. En septembre 2010, le Mouvement d’Emancipation du Delta du Niger (MEND) s’est manifesté par un attentat typiquement terroriste le jour de la commémoration de l’Indépendance du pays. Cet acte marque-t-il un tournant ? Dans tous les cas, il reflète la tendance à l’hybridation tant dans les pratiques que dans les orientations et formes d’organisation. Le mouvement nigérian Boko Haram7 est lui aussi une illustration du développement d’un fondamentalisme subsaharien endogène et connecté aux réseaux actifs dans la mouvance terroriste internationale.

Malgré cette réalité fondamentaliste et l’émergence d’un djihadisme catalysé par la crise somalienne, certains acteurs de l’intelligentsia, de la classe politique et de la société civile sont encore à se demander si le terrorisme n’est pas essentiellement une menace exogène, qui concernerait surtout les grandes puissances sur le terrain de leurs intérêts dans la région.

La question du terrorisme fait l’objet de perceptions divergentes. Relève-t-il des affrontements entre acteurs externes ? Est-il surestimé par des grandes puissances du Nord pour servir de prétexte en vue d’un (re-)positionnement géostratégique dans la zone sahélo-sahélienne ?

 

6 Selon le Bureau régional pour l’Afrique occidendale et centrale de l’ONUDC, le narcotrafic prend une dimension nouvelle. La Guinée- Bissau est un point d’entrée clé pour la cocaïne en Afrique, mais le Mali joue également un rôle de plateforme importante aux portes du Sahara. Par ailleurs, on assiste à l’émergence de laboratoires clandestins qui fabriquent la drogue localement, comme en Guinée.

7 Boko Haram est un mouvement islamiste armé actif au nord-est du Nigeria.

Que faut-il penser d’AQMI ? Ou plutôt, comment penser le terrorisme dans le contexte de sociétés très jeunes, avec une croissance démographique qui franchit les 2,5% dans certains cas, une très forte pauvreté, un système politique souvent sans équilibre générationnel dont le leadership tarde à se renouveler.

L’exclusion sociale, la déscolarisation, la faiblesse de l’emploi, les frustrations et la crise du politique en panne de rêves et d’idéaux sont autant de facteurs qui poussent la jeunesse sur le chemin et le terrain de la violence dans un nouveau contexte où la religion assure le nouveau rôle d’idéologie.

La question du terrorisme doit à nouveau être instruite comme risque possible pour l’avenir et comme menace qui ne doit pas pour autant masquer les autres défis de sécurité humaine et de sécurité nationale.

d) Les facteurs transnationaux et exogènes de conflictualité

 En Afrique de l’Ouest et dans l’espace sahélo-saharien, une certaine rivalité s’exerce entre des acteurs externes, notamment des grandes puissances sur le plan géostratégique et sur le terrain de l’exploitation de ressources stratégiques et énergétiques de la région (uranium, or, pétrole, entre autres).

 Certaines formes militaires de lutte directe et/ou déléguée contre le terrorisme participent à l’aiguisement de la conflictualité et font apparaître un risque d’ouverture d’un théâtre sahélo-saharien de confrontation entre acteurs nettement perçus comme étant externes par les populations nonobstant les tentatives de pénétration de la société au niveau local par AQMI.

 L’insécurité régionale entretenue et aggravée par une circulation non entravée des facteurs et acteurs de guerre :

Plus de 8 millions d’armes légères et de petit calibre circulent en Afrique de l’Ouest, dont plus de la moitié fait l’objet d’une détention illicite. Les foyers de conflits d’Afrique centrale, de la corne de l’Afrique et du delta du Niger au Nigeria sont des centres de départ et d’arrivée de trafics d’armes qui ont un impact certain sur la conflictualité au Sahel-Sahara entretenue par le terrorisme, des rébellions à résurgences épisodiques et des affrontements ethno-religieux au Nigeria. Le parachèvement des DDR restés cloisonnés à un niveau national (Mali, Niger, et Guinée Bissau, entre autres) n’a pas permis de maîtriser la circulation et la reproduction des facteurs et acteurs de guerre au niveau régional.

1.3.2 Dynamique d’hybridation

Trois aspects doivent particulièrement retenir l’attention :

- Le décloisonnement et la conjonction de facteurs et acteurs de violence et de criminalité;

- L’instrumentalisation de traditions des populations et la pénétration criminelle de la société;

- Les nouveaux risques de rivalités violentes des acteurs (rebellions, terroristes et trafiquants).

 

Narcotrafic, criminalité organisée et acteurs politiques

Guinée Bissau: porte d’entrée.

Guinée: développement endogène de la production de drogue synthétique.

Mali: plateforme et lieu de jonction des routes sahélosahariennes. Les routes de trafic sahélo-saharien sont fonctionnalisées par le narcotrafic et les acteurs de migration clandestine, entre autres.

Terrorisme, rébellion touareg, piraterie traditionnelle et fondamentalisme nigerian;

Les nouveaux risques de conflictualité corollaires à l’hybridation et au choc des menaces / Les risques de luttes pour le contrôle des territoires en zone grise entre les rebellions et AQMI; et les tendances de AQMI à attirer des jeunes issus des mouvements identitaires.

II - QUELLES REPONSES DES ACTEURS?

2-1 Pour une approche régionale localement enracinée, pour une gouvernance

inclusive et un développement durable:

 Comment au Niger et au Mali, par exemple, impliquer à la fois la CEDEAO, les deux Etats et les populations locales dans un traitement de la crise ?

 Quel développement local peut dissuader ou détourner les populations et des élites locales de l’attraction des sources de gain instrumentalisé par divers réseaux de trafics et par AQMI ?

 Par quel type de stratégie de coordination des acteurs internationaux partenaires, régionaux et nationaux gagner au Mali et ailleurs dans le Sahel la bataille d’éradication des implantations locales tentées par AQMI, et de dissuasion des autres acteurs criminels ?

 Comment inscrire dans les agendas politiques nationaux et régionaux des objectifs et programmes articulant d’une manière opérationnelle et mesurable sécurité et développement ?

 Comment impliquer et mobiliser les élus locaux et la société civile autour d’actions prioritaires centrés sur ces enjeux ?

L’approche régionale ne saurait être une substitution de la CEDEAO, par exemple, à chacun de ses membres. Elle doit tout au contraire se traduire par une répartition des charges, une complémentarité des actions et une atténuation des faiblesses nationales éventuelles face à certains défis et menaces sécuritaires. La CEDEAO devrait plus clairement assumer un rôle dans le jeu géopolitique sahélo-saharien où ses Etats membres, à sa frontière Nord notamment, agissent de manière cloisonnée ou individuelle et éventuellement avec moins de marge que l’organisation régionale.

2-2 Dialogue politique des acteurs sur la sécurité et singulièrement sur le terrorisme

 Promouvoir au-delà des protocoles sur le terrorisme, une prise de conscience et une lecture régionale et commune des nouveaux défis sécuritaires; développer un dialogue politique spécifique incluant les populations.

 Avoir une approche plus équilibrée du terrorisme qui ne le réduise pas à une menace externe et mette en évidence ses bases et enracinements internes possibles.

 Prendre la mesure du décloisonnement et de l’hybridation des menaces sécuritaires dans la région et contribuer au développement d’une vision largement partagée au niveau régional et de l’espace sahélo-saharien.

2-3 Développer une approche préventive s’attaquant aux causes profondes et

structurelles où s’enracinent les vulnérabilités qui élèvent les risques face aux menaces

 Appuyer une mise en politique opérationnelle et durable des stratégies préventives en direction des jeunes. Agir sur les bases sociales de la violence politique et du terrorisme. Les Etats, la société civile et les partenaires au développement comme l’UE doivent jouer un rôle encore plus appuyé pour amener la CEDEAO et l’Union Africaine à une opérationnalisation des instruments de gouvernance régionale traitant de manière préventive des causes profondes de conflit qui mette en avant la gouvernance démocratique. Le Protocole additionnel de la CEDEAO de 2001 (qui articule bien les questions de gouvernance, de démocratie et de sécurité) pourrait faire l’objet d’une initiative d’appui et de suivi de mise en oeuvre.

2-4 Avoir une approche globale, intégrée et inclusive de la stratégie et des politiques

destinées à relever les défis de l’insécurité nourrie par le déficit de développement

 Contribuer dans ce cadre à une véritable transformation de la gouvernance des systèmes de sécurité, inefficaces à relever les défis sécuritaires, voraces en termes budgétaires, et dans certains cas même partiellement impliqués (Guinée, Guinée Bissau) dans le développement des réseaux fauteurs d’insécurité. Pour assurer l’efficacité dans l’action articulant sécurité et développement, les acteurs institutionnels devront plus concrètement :

 Réaliser la cohérence (des stratégies);

 Organiser la complémentarité (des intérêts et des moyens) et;

 Assurer la coordination suivie et durable (des actions).

L’Union européenne, l’Union Africaine et la CEDEAO et d’autres acteurs supraétatiques pourraient lancer une initiative qui ne soit pas un mécanisme de maintien de la paix mais plutôt une expérience pilote qui s’attaqueraient aux causes profondes de conflits qui puisse être sensible aux populations, mesurable avec leurs représentants et appropriable par les acteurs internes.

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