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Fiche sur Al-Qaïda au Maghreb Islamique

Les attentats du 11 Septembre 2001 ont marqué fondamentalement le début de la lutte internationale contre le terrorisme.

En effet, c’est pour la première fois de son histoire que la nation la plus puissante du monde, sur le plan économique et militaire, ait été touchée avec une telle vigueur, de surcroît sur son territoire. L’attaque contre les Etats Unis d’Amérique a été menée par des terroristes islamistes, qui étaient mû par la volonté d’infliger une sanction exemplaire aux Etats-Unis d’Amérique, pour sa politique menée dans le monde arabe. Selon les islamistes, cette politique est humiliante envers les arabes.

Les attentats du 11 Septembre 2001, sont les plus exemplaires qui soient. Ils ont entrainé la destruction :

- du World Trade center, ces tours jumelles longues de 410 m chacune, constituaient le symbole de la puissance économique américaine - D’une partie du Pentagone, quartier général de l’armée américaine Les attentats ont par ailleurs entrainé la mort de plus de 3000 personnes, représentant environ 80 nationalités différentes. Toutefois, il a fallu ces événements pour que les Etats-Unis d’Amérique prennent en compte le phénomène terroriste. Malgré les alertes qui fût données par les attentats contre le world trade center en Février 1993, qui a fait 6 morts et les attentats contre les ambassades américaines à Naïrobi au Kenya et Dar-es Salam en Tanzanie, ainsi que l’attentat contre l’uss cole au Yémen. Bien avant son internationalisation, certains Etats ont eu à faire face seul au terrorisme, à l’instar de l’Algérie. La communauté internationale est restée sourde aux efforts diplomatiques déployés par l’Algérie pour faire prendre conscience de l’importance de lutter contre le terrorisme islamiste. Le terrorisme islamiste algérien a toujours été qualifié de problème interne, jusqu’aux attentas du 11 Septembre 2001. Bien des années plus tard, nous assistons au débordement du problème terroriste algérien. En effet, au-delà de l’Algérie, les Etats sahélo-saharien comme le Mali, le Niger, la Mauritanie ont à faire face au terrorisme islamiste. Pour bine comprendre les enjeux et les manifestations du terrorisme au sahel. Nous verrons d’une part, les acteurs terroristes au sahel (A) A- Du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat à Al qaïda au Maghreb Islamique : les acteurs terroristes au Sahel Il est impossible d’effectuer une analyse d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique, sans évoquer le GSPC.

1- L’histoire du GSPC

Selon certains auteurs1, le GSPC est né à la suite de l’éclatement du GIA en 1998. En effet, il décriait les méthodes aveugles du GIA, qui s’attaquait aux forces d l’ordre et à la population civile. Les principaux responsables du GSPC à sa création sont : Hassa Hattab, Amari Saïfi, alias Abou Haïdara, alias Abderrezak El-Para, et Abdelaziz Abbi alias Abou Al-Hammam Okacha, alias Okacha El-Para, proche de Hassan Hattab et « conseiller militaire » de l’organisation. Nabil Sahraoui, alias Abou Ibrahim Mustapha.

1 Blake MOBLEY et Eric ROSENBACH, GSPC Dossier, Center For Policing Terrorism, 1er juin 2005, www.cpt-mi.org

Les objectifs du GSPC, selon leur charte d’établissement, étaient de :

- Découdre avec le régime algérien apostat, qui a renoncé la charia.

- Ressusciter le devoir du djihâd chez les membres de la « Oumma ».

- Ne stopper le djihâd contre les renégats que lorsque la parole de Dieu sera reçue comme exclusive et première.

- Combattre les dogmes des groupes déviants sur le plan doctrinal, théorique et pratique.

- Jouter les idées et les théories étrangères, telles que la laïcité, la franc-maçonnerie, la démocratie, le communisme et toute autre forme de pensée qui va à l’encontre des « salafs ».

L’enlèvement de 32 touristes européens2 au Sahara en Mars 2003, marque le fait d’armes initial du GSPC. Ce groupe terroriste algérien n’avait pourtant pas sa raison d’être, car l’élection du Président algérien Abdel Aziz Bouteflika en 1999 s’est déroulée avec pour objectif d’atteindre « la concorde civile », une loi dans ce sens sera adoptée le 20 juillet 19993.

2 Il s’agit de seize Allemands, dix Autrichiens, quatre Suisses, un Néerlandais et un Suédois. Ils seront libérés en deux vagues, une première le 13 Mai 2003 et une autre le 18 Août 2003.

3 Elle prévoit une exonération ou une réduction de peine pour les membres des groupes armés qui se rendront avant le 13 janvier 2000, pour autant qu’ils n’aient pas commis de crimes de sang ou de viols (lors du référendum du 16 septembre 2000.

4 http://www.erta-tcrg.org/cri6224/2007/gspc2.html

Sur le plan organisationnel, le GSPC est un groupe particulièrement bien structurée4. Il comprend environ 800 soldats, organisés en bataillons (jounds), en sections (Katibats) et en phalanges (Seriats). Le GSPC est structuré autour d’une « Conseil des chefs » (Medjles al-A’yân), qui rassemble les émirs des compagnies (katibas) et les commandants de sections (seriets). Ceux-ci élisent un « Emir du groupe » et un « Chef du conseil ».

En cas de défection ou de trépas de l’émir, c’est le chef du conseil, qui prend immédiatement les rennes. Le « Conseil des chefs » est assisté par trois comités différents :

- Un comité juridique (Al-ladjna al-char’iyya), qui émet les avis religieux

(fatwas) sur les décisions et les actions du Conseil,

- Un comité militaire (Al-ladjna al-‘askariyya) en charge de la stratégie générale et de la tactique de la guerre,

- Un comité de l’information (Al-ladjna al-i’lâmiyya) chargée de la communication extérieure et de la promotion médiatique des actions de l’organisation.

Les chefs de ses trois comités sont membres de droit du « Conseil des chefs ».

Le GSPC repose sur le salafisme comme le stipule l’article 1er de la charte l’établissant. Le salafisme est une doctrine fondamentaliste islamiste sunnite revendiquant un retour à l’islam des origines.

Le salafisme est issu de la doctrine wahhabite. Etymologiquement, salafisme (en arabe, salafy), provient du mot « salaf », qui signifie « prédécesseur » ou « ancêtre » désignant les compagnons de Mahomet et les deux générations qui leur succédèrent. L’appellation « salafiste » (ou salafy) regroupe aujourd’hui deux grandes tendances antagonistes : les

djihadistes qui prêchent le salafisme par la violence et le terrorisme comme le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat et les cheikhistes, des théologiens ou prêcheurs salafistes opposés à la violence des djihadistes.

Les salafistes refusent de se voir comme un mouvement de fondation récente, et considèrent qu’ils représentent la continuation légitime de l’islam des premiers siècles.

Les salafistes ont pour principaux fondements les traits suivants :

1- Insister sur le tawhidi (monothéisme) dont ils distinguent trois branches, ce qui est une différenciation nette vis-à-vis des autres théologiens musulmans :

-Tawhidi ur-rububiyyah : l’unicité d’Allah comme créateur, et pourvoyeur aux besoins de ses créatures.

-Tawhidi ul-ulûhiyyah : le fait de consacrer tous ses actes d’adoration à Allah et à lui seul. Ils affirment que la première mission de tous les prophètes a été d’appeler les gens à se conformer à cet aspect du monothéisme.

-Tawhidi ul-asma’i was-sifât : le fait d’accepter le sens apparent des attributs et actes divins qui apparaissent dans le coran et la sunna authentique, sans les interpréter de façon métaphorique, et sans les assimiler aux attributs humains.

2- Revenir à la religion telle que pratiquée par les pieux prédécesseurs et dénoncer toute innovation dans les préceptes ou dénoncer des choses qui ne sont pas reconnus comme des innovations par le consensus des sunnites traditionnels.

3- Aucune parole ou avis d’aucune personne ne doit primer sur les textes du coran et de la sunna.

2- L’évolution du GSPC en Al-Qaïda au Maghreb Islamique

Al-Qaïda au Maghreb Islamique a été officiellement crée le 11 Septembre 2006. La création de la nouvelle organisation a été faite par l’égyptien Ayman al-Zawahiri dans une vidéo5.

5 Selma Méziane ; « Que veut Al Qaïda ? » Le Jour d'Algérie, 14 avril 2007 on http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/geopolitique/strategie_gspc.htm.

6 Fayçal Oukaci ; « GSPC – Al-Qaïda : L’alliance qui fait trembler la France » in l’Expression du 16 Septembre 2006, on http://www.presse-dz.com/revue-de-presse/1093-l-alliance-qui-fait-trembler-la-france.html

7 Traduction “ Dieu nous a ordonné d’être unis,, solidaire et de coopérer pour combattre les impies directement. Dans la même mesure, ils nous combattent dans le cadre d’alliance militaire, de groupe politique et économique. Pourquoi ne rejoignons-nous pas no frères, pendant que la plupart de ces Etats s’unissent contre les musulmans et les oppose, et morcelle leur territoire, les chasse de la mosquée d’Al Aksa (…) ? Ensuite, voyez les crimes qui se passent à Gaza, en Iraq et en Afghanistan, en Somalie (…), ces crimes sont commis par les juifs et leurs alliés », interview de Droukdel par le New York Times, publié le 1er Juillet 2008, on http://www.nytimes.com/2008/07/01/world/africa/01transcript-droukdal.html

Le 3 septembre 2006, le GSPC à travers un communiqué, fait la déclaration suivante : «Nous prêtons allégeance à cheikh Oussama Ben Laden (...). Nous poursuivrons notre djihad en Algérie. Nos soldats sont à ses ordres pour qu’il frappe par notre entremise qui il voudra et partout où il voudra. Tout en décidant de rallier Al-Qaïda et de prêter allégeance à Ben Laden, nous conseillons à nos frères de tous les autres mouvements jihadistes, partout dans le monde, de ne pas manquer cette union bénie (...) L’Organisation d’Al-Qaïda est la seule habilitée à regrouper tous les moudjahidine, à représenter la nation islamique et à parler en son nom»6.

À l’origine, l’objectif d’AQMI était la lute contre le gouvernement algérien et l’établissement d’un Etat islamique reposant sur les principes de l’islam, la charia. Désormais, AQMI est une composante d’Al-Qaida, il contribue au djihad mondial, sa zone d’intérêt est l’Afrique du Nord, l’Europe. A la question de savoir pourquoi, le GSPC rejoint Al-Qaida, Droukdel affirme: « God ordered us to be united, to be allied, to cooperate and fight against the idolaters in straight lines. The same way they fight us in military allies and economic and political mass-groupings. Why shouldn’t we join our brothers while almost all these nations got united against the Muslims and separated them, and divided their land, and took away Al Aksa mosque (…)? Then look at the crimes that happen in Gaza and Iraq and Afghanistan, and Somalia and others places. These crimes are committed by the Jew-crusader ally »7.

Cette transformation du GSPC en AQMI entraine 3 conséquences :

- sur le plan doctrinal : il s’ensuit un élargissement de l’ennemi par l’intégration de l’occident, qui désormais s’ajoute à l’Etat algérien.

- sur le plan opératoire : le GSPC se glorifiait de s’en prendre uniquement aux symboles de l’Etat, épargnant ainsi, les populations civiles. La donne change avec AQMI, qui excelle dans les attentats terroristes, les kidnappings et les prises d’otages.

- sur le plan stratégique : à l’idée de la création d’un Etat islamique en Algérie reposant sur la charia, un des objectifs du GSPC, s’est substitué l’établissement d’un califat islamique qui regrouperait l’ensemble des Etats du Maghreb. L’autre paramètre stratégique est la mise à disposition pour Al-Qaïda central, des milliers de combattants expérimentés, au Maghreb et en Europe8.

8 Souad Mekhennet, Michael Moss, Eric Schmitt, Elaine Sciolino and Margot Williams; “A Threat Renewed : Ragtag Insurgency Gains a Lifeline From Al Qaeda”, on http://www.nytimes.com/2008/07/01/world/africa/01algeria.html?_r=2&scp=1&sq=ragtag&st=cse&oref=slogin, publié le 1er Juillet 2008

9 Le groupe des enturbannés

10 Le groupe des conquérants

AQMI est structuré en deux groupes :

Le groupe de la « Katiba Al Moulathamoun »9 :

Son chef est l’émir Mokhtar Belmokhtar. Il a sous ses ordres environ 90 éléments armés de kalachnikov, de mortiers et de RPG. Il opère d’une part, dans la zone comprise entre Tombouctou, Araouane, Boujebeha Taoudenni et de la frontière mauritano-malienne et d’autre part, dans la région de Thessalit et Ain Hallil, vers l’est, pour s’approvisionner en vivres et en carburant. En Algérie, elle évolue dans le triangle Bordj Badji Mokhtar, Omar Driss, Tamanrasset et Djanet.

Le groupe de la « Katiba Al Fatihîn »10 :

Il est dirigé par l’émir Abou Zayd, disposant d’environ 80 éléments équipés de kalachnikovs, de mortiers et de mitrailleuses montées sur des 4x4. Il évolue dans la zone située par le mont Thadak, Ait Moulay, In Abog, atteignant parfois la région de Thessalit.

Comme source de financement, AQMI profite des ressources issues du trafic de drogue, d’armes de cigarettes et surtout la prise d’otages d’occidentaux et leur libération contre le paiement de rançons énormes.

3- L’intérêt des terroristes pour la bande sahélo-saharienne

Il est dû essentiellement à trois principaux facteurs, qui sont :

a- la porosité des frontières

L’attrait des terroristes pour le sahel-Sahara est dû au fait que : « La zone est très grande, 650 000 km2. Nous avons 2200 km de frontière avec la Mauritanie, 1800 avec l’Algérie, 600 avec le Niger. C’est une zone presque vide où la densité est de zéro virgule quelque au km2. C’est aussi un désert de sable et dans certains endroits un désert de regs, de pierres. Nous avons des montagnes qui font 80 km de long à la frontière avec l’Algérie. Les conditions de vie y sont difficiles, avec des températures qui peuvent varier de 1degré en décembre à 50 degrés à l’ombre en avril.»11

11 Touré Amadou Toumani ; « la crise en Côte d’Ivoire et nous » in Les Afriques, No 146 : 27 janvier au 2 février 2011, propos recueillis par Chérif Elvalide Sèye.

Le Sahara représente un immense désert, le plus grand de la terre, qui couvre une superficie de près de 9 millions de Km2, il traverse bande de terre qui traverse les Etats suivants : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Soudan.

La majorité de la population vivant dans le Sahara mène une vie de nomade à la recherche incessante des points d’eau, ou s’adonnant à des activités commerciales. En effet, ce déplacement des populations représente un défi pour les postes frontières chargés de la sécurité, par ailleurs, ces populations sont souvent détenteurs de plusieurs passeports. A côté de la mobilité des populations, nous pouvons évoquer la faible présence de l’Etat dans la bande sahélo-saharienne, ceci est dû à l’immensité de la zone de surveillance, nécessitant des moyens très onéreux pour des Etats ayant des difficultés économiques, « L’incapacité des États à exercer leur fonction régalienne sur l’ensemble de leur territoire constitue la problématique centrale alimentant les risques de déstabilisation et de conflits armés. Un État fragile est potentiellement livré à des forces anarchiques »12.

12 M. Mehdi TAJE, « vulnérabilités et facteurs d’insécurité au sahel », in enjeux ouest-africaines N°1, Août 2010, publié par le Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, Paris, pp 03

13 François Gèze et Salima Mellah, « Al-Qaida au Maghreb, ou la très étrange histoire du GSPC algérien », in

Algeria-Watch, 22 septembre 2007, pp 35

14 Mokrane Ait Ouarabi, « la traque des contrebandiers et des clandestins », in El watan, N°4269 du 06 Décembre 2004, Alger, pp06

b- Le développement du trafic et de la contrebande :

La porosité des frontières a pour conséquence d’entretenir la contrebande et le trafic de marchandises. En effet, le commerce illégal dans le Sahara est d’autant plus accentué que les conditions socio-économiques se sont dégradés depuis la grande sécheresse de 1970. L’Economie des populations dépendait du bétail, des zones de pâturages pour le bétail et la mobilité. Ainsi, la sécheresse a aisément détruit les perspectives de développement. Pour pallier à ces difficultés, différentes politiques ont été entreprises : la décentralisation administrative pour permettre le développement local, le développement du tourisme et la sédentarisation des populations nomades. Malheureusement, toutes ces mesures ne connaitront que des effets très limités sur le développement de la région.

N’ayant pas le choix, les populations s’adonnent à la contrebande. Dans le Sahara, il existe deux axes empruntés par les contrebandiers. D’une part, l’axe Togo-Algérie/Libye par le Niger, d’autre part, l’axe Mauritanie-Algérie par le Mali. Sur ces deux axes, l’activité illégale concernée est le trafic de cigarettes. La contrebande de cigarettes est un trafic très rentable, l’émir Mokhtar Belmokhtar, a construit sa fortune grâce à cette contrebande dans la région sahélienne13.

Aussi, à partir de l’Algérie vers le Niger et le Mali, il existe la contrebande de produits de première nécessité pour l’alimentation ou l’hygiène. La contrebande est facilitée par la maitrise du terrain par les populations, qui sont des autochtones. Ils arrivent à détourner les barrages des forces de sécurité14. Véritable source d’insécurité économique, la contrebande a des répercussions sur les différentes économies nationales. Elle déstabilise les Etats, car les produits concernés par la contrebande, tels que les produits énergétiques et alimentaires, sont subventionnés par les Etats15. En intégrant le marché national, les produits issus de la contrebande, concurrencent les produits légaux, par leur faible coût, il s’ensuit la fermeture des unités industrielles fabricant ce produit. L’exemple de la cigarette est illustratif, à plus d’un titre.

15 Hasna Yacouba, « rencontre Mafia et contrebande », in la Tribune, du 20 Novembre 2004, Alger, pp 3

16 Mehdi Taje, op cit, pp 05

17 Aït Ourabi, « les filières clandestines passent par l’Algérie », in El Watan, N° 4322, du 08 Février 2005, Alger, pp 12

18 Barrouhi Ahmed, « Immigration », in Jeune Afrique l’intelligent ; N° 2285 du 24 au 30 Octobre 2004, Paris, pp 45

Aggravant la situation d’insécurité, le Sahara est devenue, ces dernières années, une plaque tournante du trafic de drogue mondial, décrivant la situation, Mehdi Taje affirme que : « le Sahel fait désormais partie des circuits prisés des réseaux de drogue (cartels colombiens) très organisés, traversant les continents. Pour gagner l’Europe, les narcotrafiquants empruntent des chemins clandestins traversant les pays de l’Afrique de l’Ouest et le désert sahélien en infiltrant plusieurs pays de la région, notamment la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Tchad. Route de la cocaïne et route de l’héroïne se rejoignent désormais dans le Sahara, empruntant de nouveaux itinéraires à travers le Tchad, le Mali et le Niger »16.

c- L’immigration clandestine :

La bande sahélo-saharienne est aussi une plaque tournante de l’immigration clandestine. Effet, les ressortissants d’Afrique subsaharienne désireux de rejoindre illégalement l’Europe, traversent le Sahara, puis la méditerranée, seule frontière naturelle entre l’Afrique et l’Europe. Ces derniers temps, de nouveaux types immigrés sont venus gonfler le rang des immigrés, ils viennent d’Asie et du Moyen-Orient, comme les Syriens, les Indiens, les Pakistanais et les Bangladais17. Outre le fait, que la plupart des immigrés errent dans le Sahara, faute de pouvoir passer les frontières des Etats d’Afrique du Nord, ils développement dans le Sahara, une économie illégale, symbolisé par le trafic de cigarettes, de drogue et la prostitution. Par ailleurs, parmi eux, se trouvent des grands criminels, des grands délinquants ayant fuit leur Etat d’origine18.

La combinaison de ces facteurs ajoutés à la forte pression exercée par l’Armée algérienne, a poussé le GSPC à se replier dans le Sahara. Le fait saillant de ce repli, fût l’enlèvement de 32 otages européens par Abdelrazak El-Para. Prédisant le choix éventuel des terroristes pour le Sahara, En mars 2004, lors d’une visite en Algérie, le général Charles Wald, commandant en chef adjoint des forces américaines en Europe (EUCOM), pourra ainsi affirma que des membres d’Al-Qaida tentaient de s’établir « dans la partie nord de l’Afrique, au Sahel et au Maghreb. Ils cherchent un sanctuaire comme en Afghanistan, lorsque les Talibans étaient au pouvoir. Ils ont besoin d’un endroit stable pour s’équiper, s’organiser et recruter de nouveaux membres64 ».

Allant dans le même sens, M. Ramtane Lamamra, Commissaire à la Paix et à la Sécurité de l’Union Africaine affirme que l’attrait des terroristes pour le sahel : « pourrait s’expliquer par trois raisons principales:(1) la recherche de zones refuges caractérisées par un faible maillage sécuritaire et une présence insuffisante des organes des États; (2) la quête de nouvelles sources de financement (3) le besoin de conquérir de nouveaux espaces de recrutement pour les besoins d’une confrontation planétaire avec autrui. »19

19 Ramtane Lamamra, éditorial de l’African journal for the prevention and combating terrorism, Centre africain d’Etudes et de Recherche sur le terrorisme Union Africaine, Alger, Juin 2010, pp 14

Chronologie des attaques d’AQMI :

février-mars 2003

32 touristes européens sont enlevés par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) dans le sud algérien. Une détenue allemande meurt en juin des suites d'une insolation. Les derniers otages sont libérés en août depuis le Mali, où ils avaient été transférés.

4 juin 2005

Attaque contre une patrouille mobile de l’armée en Mauritanie (Lemgheity) ; 15 soldats tués. 11 11 avril 2007

Attentat contre le palais du gouvernement et un commissariat en Algérie (Alger) ; 33 morts et 57 blessés.

11 décembre 2007

Attentat contre le bâtiment des Nations unies en Algérie (Alger) ; 72 morts, plus de 200 blessés

24 décembre 2007

Assassinat de quatre touristes français en Mauritanie à Aleg.

22 février 2008

Enlèvement de deux touristes autrichiens. Ils seront libérés le 31 octobre 2008 au Mali.

14 septembre 2008

Attaque contre une patrouille militaire en Mauritanie à Tourine ; onze soldats et un guide décapités.

14 décembre 2008

Enlèvement de deux diplomates canadiens et de leur chauffeur. Ils seront relâchés le 22 avril 2009 au Mali.

22 janvier 2009

Enlèvement de quatre touristes européens. Trois seront libérés au Mali (le 22 avril et le 12 juillet 2009). Le Britannique Edwin Dyer sera exécuté le 31 mai 2009.

23 juin 2009

Assassinat par balle d’un Américain, dirigeant d’une ONG, en Mauritanie-Nouakchott.

8 août 2009

Attentat-suicide contre l’ambassade de France en Mauritanie-Nouakchott ; deux gendarmes mobiles français blessés.

26 novembre 2009

Enlèvement de l’humanitaire français Pierre Camatte au Mali, à Ménaka. Il sera libéré le 23 février 2010.

29 novembre 2009

Enlèvement de trois humanitaires espagnols en Mauritanie. Un otage sera libéré au Mali le 10 mars, les deux autres le 23 août.

18 décembre 2009

Enlèvement d’un couple italo-burkinabè en Mauritanie. Il sera libéré le 16 avril au Mali.

20 avril 2010

Enlèvement de l’humanitaire français Michel Germaneau au Niger à Inabangaret. Sa mort sera annoncée le 25 juillet, au Mali.

30 juin 2010

Attaque contre les forces de sécurité en Algérie ; onze gendarmes, gardes-frontières et communaux tués.

16 septembre 2010

Enlèvement de sept salariés des sociétés françaises Areva et Satom dans la région d'Arlit au Niger. Le rapt des cinq Français a été revendiqué par Aqmi sur Al-Jazira ; les deux autres otages, un Togolais et un Malgache, n'ont pas été évoqués.

7 janvier 2011

Enlèvement de deux Français dans un restaurant de Niamey (Niger). Ils sont retrouvés morts, en représailles à l’intervention de commandos français.

04 février 2011