Home Actualités Informations LETTRE D’UN MILITAIRE MALIEN
LETTRE D’UN MILITAIRE MALIEN
  • Aux citoyens de la CEDEAO,
  • Aux parlementaires de la CEDEAO,
  • Aux autorités exécutives de la CEDEAO

C’est avec un cœur meurtri  et les yeux remplis de larmes que j’écris ces mots, ce qui est étrange, on a toujours l’impression que la guerre civile, la destabilisation, la dislocation de l’Etat, la défaillance de l’Etat  n’arrivent qu’aux autres.

Ce qui se passe au Mali est extrêmement grave et le temps joue contre la communauté. L’heure n’est pas à l’identification des causes de la destabilisation de la Démocratie malienne, après 20 ans d’exercice démocratique.

Les faits

  • Le front nord du Mali brûle

La déstabilisation de la République du Mali constitue l’une des premières conséquences de la Guerre de l’OTAN contre la Lybie. Permettez-moi, de ne pas développer les causes internes et externes de la destabilisation du Mali sous le triple impact des actions d’AQMI,  de la rébellion touarègue et des trafiquants de drogue avec des  enchevêtrements entre es différents acteurs.

  • Le front Sud du Mali brûle

Face à l’incapacité des institutions républicaines de faire face à l’insécurité au Nord, devant les défaites militaires face à des rebelles puissamment armés, une junte militaire dirigée initialement par des sous-officiers s’est emparée de la Présidence de la République, en suspendant au passage toutes les instituions de la Démocratie. La classe politique est divisée en 2, une partie soutenant la junte et l’autre condamnant le coup d’état. L’armée est divisée en deux : d’un coté ceux qui sont à la bas de la mutinerie, les hommes du rang et quelques officiers subalternes de l’autre, les officiers supérieurs (une partie obligée de suivre par peur, l’autre obligée de se taire car ayant des idées contradictoires avec la junte). Il y a une confusion de débats :

-          Les citoyens qui supportent la junte, sont en général, les déçus de la démocratie malienne caractérisée par une corruption à grande échelle et une absence réelle d’opposition et bien entendu, les hommes du rang et les officiers subalternes choqués par la puissance de feu l’ennemi touarègue.

-          Les citoyens qui ne supportent pas la junte, sont en général : la majorité des officiers supérieurs et certains officiers subalternes, ayant un sens élevé du professionnalisme et une incapacité de revendiquer quoi que ce soit par devoir de réserve et respect de la soumission de l’armée au pouvoir politique.

Analyse des faits :

1-      Le front Nord : la revendication du MNLA ne saurait se justifier. En Effet, le Nord du Mali représente 55 % du territoire malien, dans cet ensemble les touarègues représentent une minorité, leur revendication est d’autant plus injustifiée que durant les 20 ans de démocratie, plusieurs touarègues ont bénéficié des politiques d’Intégration dans la fonction publique malienne ( le porte parole du MNLA en France s’est retrouvé en France grâce une bourse d’étude du gouvernement malien etc.), aussi, le MNLA ne saurait être représentatif de l’ensemble des touarègues. Devrait-on accepter  le dictat d’une minorité violente sur le reste de la population ?

2-      Le front sud : il est indéniable pour tous les observateurs du Mali, que la Démocratie existait au détriment de l’Etat. Une chose est sure, le jugement du Président Touré ne saurait se faire sans juger le Président Konaré, qui ne saurait se faire sans juger tous les élus de l’ère démocratique. En réalité, tous les citoyens maliens sont coupables de cette situation (les acteurs politiques pour n’avoir pas pris ou militer pour les mesures idoines face à l’insécurité, les citoyens pour leur mutisme) exception faite des membres des forces armées et de sécurité, pour deux raisons :

  • Leur devoir de réserve
  • La soumission de l’armée aux institutions démocratiques.

Et pourtant, ce sont eux qui sont sur le théâtre des opérations, face à un ennemi mieux armés (magasin d’armement libyen) et riche (trafic de drogue et commerce d’otage), les images des 78 militaires maliens égorgés par la rébellion, par rupture de la chaine d’approvisionnement en munition (ils ont passé 7 semaines à réclamer un approvisionnement) a été un traumatisme pour ces braves hommes, à titre de rappel, le budget relatif à la consommation de thé d’un ministère malien a été chiffré à 11 millions de Franc CFA.

Il serait très prétentieux de ma part, de faire ressortir les causes qui nous ont conduites à cette catastrophe.

Qui est coupable ? :

  • La CEDEAO, pour n’avoir pas su se substituer par contrainte à l’autorité politique malienne défaillante face à la gestion de l’insécurité : trafic de drogue, terrorisme et rébellion touarègue sans légitimité
  • La CEDEAO, pour n’avoir pas songer à protéger sa frontière nord, devant un périple libyen aux enjeux géopolitiques avérés.

Est-il encore possible d’agir ? :

Talleyrand affirmait que : « Quand il est urgent, il est déjà trop tard ». L’urgence de la situation ne fait aucun doute, je pense qu’il est encore possible d’agir, sous conditions de ne pas perdre de temps dans des discussions stériles. La CEDEAO doit, sans perdre de temps dans un règlement pacifique qui ne marchera pas pour les raisons suivantes :

1-      Cette Junte est constituée d’incultes qui ne savent pas ce que c’est qu’un Etat, les membres de la junte sont dans le déni de réalité, la plupart d’entre eux pense déjà à des portefeuilles ministériels ou à un partage du gâteau. Le chef de la junte est un officier rampant, sac au dos, qui commandera difficilement des officiers écoles. Avez-vous encore vu une liste officielle des membres de la junte ? Elle est impossible à établir. Par ailleurs, ils font de la rétention d’information, 36 bérets rouges ont été tués lors de l’assaut des mutins sur le palais de Koulouba. Je cautionne encore le massacre des militaires par la rébellion touareg, je ne pardonnerai jamais cette trahison

2-      La junte est supportée par une classe politique inconsciente, qui pense pouvoir les apprivoiser, pour une fois, ils ont en face d’eux des incultes.

3-      La rupture de la chaine de commandement est consommée, une opération militaire est impossible sans ce commandement.

Ce qu’il faudrait faire

Effectuer une intervention militaire avec 2 objectifs :

1-      Le rétablissement de l’ordre constitutionnel, donc le Président A.T.T pour finir son mandat et organiser les élections

2-      Une offensive contre le MNLA, AQMI et les trafiquants de drogue, qui ont scellé, un pacte, en réalité, il s’agit d’un même acteur : le délinquant.

Que les pessimistes et les sceptiques ne se méprennent pas, tout refus ou lenteur d’intervention au profit du Mali, entraineront un précédent, la liste des Etats fragiles en Afrique de l’Ouest est loin d’être exhaustive.

L’avenir de notre communauté se joue maintenant. !!!!!!!!!!

Signature :

Un militaire malien